Savoir ce que fait l’électricien vous permet de lire un devis, de repérer un poste manquant et de comprendre pourquoi deux propositions écartées de 600 € ne décrivent pas le même travail. Voici le déroulé réel d’une installation conforme.
Étape 1 : la visite technique (avant le devis définitif)
Un installateur sérieux ne chiffre pas sans avoir vu quatre choses :
- Le tableau électrique : y reste-t-il de la place pour un disjoncteur et un différentiel dédiés ? Un tableau saturé impose un tableau divisionnaire, soit 150 à 400 € de plus.
- La puissance souscrite : 6, 9 ou 12 kVA, monophasé ou triphasé. Cela détermine la puissance maximale de la borne et la nécessité d’une modulation dynamique.
- Le trajet du câble : longueur exacte, gaines existantes, obstacles, besoin d’une tranchée.
- La terre : présence et qualité de la prise de terre, mesurable seulement sur place.
Un chiffrage téléphonique sans ces quatre informations sera révisé. Systématiquement. Si vous obtenez un prix ferme sans visite ni photos détaillées, considérez-le comme un ordre de grandeur, pas comme un engagement.
Étape 2 : le circuit dédié
La borne doit disposer de son propre départ depuis le tableau électrique, jamais partagé avec l’éclairage du garage ou une autre prise. La norme NF C 15-100 l’impose, pour une raison simple : une borne tire son courant nominal en continu pendant plusieurs heures, un régime qu’aucun circuit polyvalent n’est dimensionné pour supporter.
Le calibre du disjoncteur suit la puissance de la borne :
| Puissance borne | Courant | Disjoncteur | Section de câble (< 20 m) |
|---|---|---|---|
| 3,7 kW mono | 16 A | 20 A | 2,5 mm² |
| 7,4 kW mono | 32 A | 40 A | 6 mm² |
| 11 kW tri | 16 A/phase | 20 A tétra | 2,5 à 4 mm² |
| 22 kW tri | 32 A/phase | 40 A tétra | 6 à 10 mm² |
Ces sections valent pour des longueurs courtes. Au-delà de 20 à 25 mètres, la chute de tension impose de monter d’un cran, parfois deux. C’est la raison technique pour laquelle la distance au tableau pèse autant sur le prix : passer de 6 à 10 mm² multiplie le coût du câble par près de deux, sur toute la longueur.
Étape 3 : la protection différentielle, le poste qu’on essaie d’économiser
C’est le point technique le plus important, et celui que les devis bon marché escamotent.
Une borne de recharge peut générer des courants de défaut continus (DC), invisibles pour un différentiel classique de type AC. Un différentiel 30 mA type AC standard peut donc être aveuglé et ne plus protéger personne. La norme impose l’une de ces deux solutions :
- un différentiel type A associé à un dispositif de détection de courant continu résiduel (DDR-DC 6 mA), souvent intégré à la borne elle-même ;
- ou un différentiel type B, plus coûteux (150 à 250 €), qui détecte nativement les défauts continus.
De nombreuses bornes du marché intègrent la détection 6 mA, ce qui permet de rester sur un type A et d’économiser une centaine d’euros. Vérifiez-le dans la fiche technique du modèle : si la borne ne l’intègre pas et que le devis prévoit un simple type A sans DDR-DC, l’installation n’est pas conforme.
Sur votre devis, cette ligne doit être explicite. Sa présence est un bon indicateur du sérieux de l’installateur.
Étape 4 : la pose et le raccordement
La borne se fixe à une hauteur de 90 cm à 1,20 m du sol, à l’abri des chocs de portières et hors de la zone de ruissellement. En extérieur, un indice de protection IP54 minimum est requis, IP65 recommandé en exposition directe à la pluie.
L’électricien raccorde ensuite le câble, effectue la mise à la terre (indispensable : c’est elle qui protège en cas de défaut d’isolement), configure la puissance maximale de la borne selon votre abonnement, puis procède aux essais.
Durée totale sur une installation standard : trois à cinq heures. Une demi-journée suffit dans le cas favorable (garage attenant, tableau proche). Comptez une à deux journées avec tranchée.
Étape 5 : la mise en service et les réglages
Trois réglages conditionnent le confort d’usage au quotidien :
Le bridage de puissance. L’électricien limite la borne à ce que votre abonnement supporte. Avec 9 kVA et une borne 7,4 kW, la borne seule consomme presque tout : sans bridage ni modulation, vous disjoncterez dès qu’un four s’allume.
La modulation dynamique. Si la borne en dispose, un capteur posé sur l’arrivée générale lui permet d’ajuster sa puissance en temps réel selon la consommation du logement. C’est l’option la plus utile de toutes, et elle nécessite ce capteur : vérifiez qu’il figure au devis.
La programmation horaire. Pour recharger en heures creuses. Notez que beaucoup de véhicules savent le faire eux-mêmes ; inutile de payer deux fois pour la même fonction.
La déclaration à Enedis
Pour une installation domestique en monophasé jusqu’à 7,4 kW, aucune démarche particulière n’est requise : vous restez dans les limites de votre contrat.
Une déclaration ou une modification de contrat devient nécessaire si l’installation impose d’augmenter la puissance souscrite ou de passer en triphasé. Ces opérations relèvent d’Enedis, prennent plusieurs semaines et coûtent 500 à 1 500 €. C’est l’installateur qui monte le dossier, mais le délai vous concerne : anticipez.
Pour les puissances supérieures à 22 kW ou les installations collectives, une étude de raccordement est obligatoire.
Le Consuel : quand est-il exigé ?
L’attestation de conformité Consuel n’est pas requise pour l’ajout d’une borne sur une installation existante déjà en service. Elle le devient en cas de modification substantielle de l’installation (création d’un nouveau branchement, passage en triphasé, mise en place d’un compteur dédié en copropriété).
Si votre installateur vous facture un Consuel pour un simple ajout de borne sur un tableau existant, demandez-lui de justifier la nécessité.
Les cinq points à vérifier sur le devis
- Qualification IRVE mentionnée (Qualifelec IRVE ou AFNOR), obligatoire au-delà de 3,7 kW.
- Circuit dédié avec disjoncteur au calibre correspondant.
- Protection différentielle type A + DDR-DC, ou type B, explicitement chiffrée.
- Section et longueur de câble précisées (pas seulement « câblage »).
- TVA à 5,5 % appliquée, avec facture unique matériel + pose.
Une ligne manquante n’est presque jamais un oubli de rédaction : c’est un poste non prévu, qui réapparaîtra en supplément le jour des travaux.
Pour comparer les prix poste par poste, consultez notre guide des prix. Pour dimensionner correctement avant d’appeler, notre méthode de choix en 4 questions. Puis demandez trois devis à des installateurs près de chez vous.